vendredi 19 octobre 2018

BLOGUE À P’ART, QUINZIÈME NUMÉRO - 2 octobre 2018

BLOGUE À P’ART                                                                                               QUINZIÈME NUMÉRO - 2 octobre 2018

BLOGUE À P’ART

Gazette numérique écrite et illustrée par Guillaume le Baube

Le calendrier sculpté de Notre-Dame de Senlis

        Au nord de l’île de France, la plaine du Senlisis est un haut lieu d'art et d'histoire ; traversée par les charmantes rivières de la Nonette et de l’Aunette,  elle est entourée d'importants massifs forestiers ; bordée de reliefs adoucis aux confins du Valois, elle est riche, en vestiges médiévaux. À cette époque, la fertilité du sol, l’artisanat, le commerce et une certaine forme d’industrie avaient apporté une prospérité ayant permis la construction de bâtiments d'une grande qualité architecturale. La cathédrale de Senlis est le joyau de ces monuments et c’est un émerveillement de voir sa flèche, délicate fleur de pierre, s’élever au dessus des coquelicots et des blés des champs environnants. L’architecture gothique tire son origine des fruits de la terre et du travail des hommes. Ses colonnes végétales, ses nervures et ses motifs floraux sont une exaltation de la forêt primitive et des hommages rendus à la perfection des œuvres de Dieu. Âme de la région, la cathédrale incarne l’identité et la spiritualité des habitants  ; elle fait leur fierté.

Senlis vue des champs - Gouache sur vélin d’Arches

Issu d'un ancien groupe épiscopal remontant aux premiers temps de la chrétienté, l'édifice fut reconstruit à la moitié du XIIe siècle, sous le règne de Louis VII. Le maître d’ouvrage, l’évêque Pierre, brillant ecclésiastique, était l'ami intime de Suger, l’abbé de la puissante abbaye de Saint-Denis et personnage influent du royaume. 
La façade de Notre-Dame de Senlis est proche de celle de la basilique Saint-Denis. Le massif  occidental s'élève en une composition symétrique, tripartite, alternant portails, baies et rosaces jusqu'aux sommets des tours clochers, en un rythme faisant penser à une œuvre musicale. 
Des trois entrées servant la nef et les collatéraux, le portail central développe un programme sculpté qui constitue une étape importante dans l'évolution de l'art gothique. 
Sa composition est très proche de celle du portail de la porte du cimetière (ou portail des Valois) situé au nord de la basilique Saint-Denis et on y décèle des similitudes entre les sculptures. Des historiens d'art y voient une influence mosane, notamment par le traitement des drapés qui ressemble à celui, plus ancien, des figures des fonts baptismaux de Saint-Barthélémy de Liège. C'est ainsi qu'on suppose l'activité d'un même atelier, qui travailla à Saint-Denis, puis à Senlis, dirigé par un artiste talentueux que l'on nomme - sans le connaître -  Le maître de la porte du cimetière.
Le rapprochement peut aussi être confirmé par la thématique car Suger commanda pour le tympan du portail gauche de Saint-Denis une mosaïque, aujourd'hui disparue, qui – pense-t-on -
représentait le couronnement de la Vierge. Ce sujet nouveau annonce le grand succès du culte

Façade occidentale de la cathédrale de Senlis - Gouache sur vélin d’Arches

marial au XIIIe siècle et il sera repris, pour la première fois en sculpture, au portail de Senlis.  
  La partie haute du portail représente le monde céleste. Au tympan, sous la courbure de l’arcade en M (M comme Maria ?), est sculpté en ronde bosse le triomphe de la Vierge déjà couronnée. Jésus bénit Marie, et tous deux assis sur leurs trônes paraissent converser. Le chrétien les sait mère et fils, mais un profane pourrait voir en eux la glorification du couple éternel, source de toute vie. Ils sont assistés d'anges bénissants dont certains sont montrés, avec humour, passant la tête à travers une lucarne. Aux voussures, ils sont entourés par une multitude de personnages  : les prophètes et les patriarches situés à l'extrados, et les ascendants de la Vierge occupant les trois rangées intérieures. Les ramures de l’arbre de Jessé s’enroulent autour de la filiation humaine du fils de Dieu. Ils représentent la lignée : nous devons la vie à nos ancêtres et ils survivent en nous.
L'empyrée est séparé du monde terrestre par un épais listel, mais le lien se fait aisément par les thèmes du linteau : à gauche, la Dormition de Marie nous montre son âme, figurée par un petit être aux ailes repliées, extirpée et emportée au ciel par deux anges ; à droite, l’Assomption est matérialisée par le corps de la Vierge qui se lève, aidée par l'intervention des anges. 
Les statues-colonnes de l'ébrasement prolongent la courbe des voussures ; elles représentent des prophètes, piliers symboliques de l'Église et annonciateurs du Nouveau Testament.  Hiératiques dans la statuaire romane, elles se libèrent de leur fonction de soutènement et se mettent en mouvement pour la première fois à Senlis  ; ce dynamisme ne fera d'ailleurs que s'amplifier aux portails des cathédrales postérieures. Autre nouveauté, les personnages  s'identifient avec des caractères propres (Jérémie porte ici une croix), à la différence des inscriptions que l’on trouvait auparavant sur des phylactères. Il faut aussi imaginer le trumeau 


Le portail central de Senlis montre encore des traces de polychromie. Aquarelle sur vélin d’Arches

(supprimé au XVIIIe siècle), figurant la Vierge et l’Enfant, qui confirmait la dédicace à Marie. Il accompagnait la verticalité des piédroits, s'interrompait pour servir de soutien au linteau et était visuellement prolongé par la colonnette qui en sépare encore les compartiments.
Tout en bas de cet ensemble constituant un pont entre ciel et terre, au pied des statues colonnes, douze touchantes petites sculptures symbolisent les mois de l’année par des actes de la vie quotidienne. L'Église les place aux fondements des statues des saints, à la base de l'élévation du portail  ; elle rappelle que l’ordre zodiacal du monde, immanquablement renouvelé, rythme les activités humaines. L’art sacré du XIIe siècle redonne une place à l’homme, à l’instar de la civilisation grecque dont elle est issue. 
Bien avant l'édit de Charles IX (en 1564) qui fixa au premier janvier, pour la France entière, le commencement de l'année, l'Église avait adopté cette date, suivant ainsi la tradition des Romains qui faisait commencer l'année aux calendes de janvier et la terminer aux jours qui suivent la Nativité, c'est à dire à la fin de décembre.  
Le calendrier de Notre-Dame de Senlis suit la marche du soleil ; il se lit en sortant de l'église. À main gauche, sont représentés les mois aux jours ascendants (de janvier à juin) et à droite les jours déclinants (de juillet à décembre).
En hiver, la nature est en sommeil ; les journées sont courtes et, au Moyen Âge, le faible éclairage des intérieurs ne permet pas une grande activité. C'est la période des fêtes et du repos et, de Noël jusqu'aux Rois, il y avait plus d'un prétexte à banquets. C'est pourquoi le sculpteur symbolise le mois de janvier par un homme attablé qui saisit une cruche et prend une écuelle. La nappe est mise et les plis tombants sont finement observés. Ils contrastent avec les plis dynamiques du vêtement qui expriment le mouvement. Le froid est vif et notre homme reste coiffé et couvert  ; il est assis sur les pans de son manteau, sur une chaise ouvragée ; il porte de longs cheveux et une longue barbe terminée en pointe. Il figure probablement l'antique Janus.


Janvier - sculpture de Notre-Dame de Senlis, vers 1151 - Crayons de couleur - 2018.


Février est un rude mois d'hiver. Le paysan, tout juste rentré des champs, garde manteau et capuchon . Assis tout près de l'âtre, il présente ses mains et ses pieds nus à un bon et grand feu de bois dont on voit émerger les volutes des flammes.

Février - sculpture de Notre-Dame de Senlis, vers 1151 - Crayons de couleur - 2018.


Mars et avril peuvent se confondre. C’est une particularité qu'on retrouvera de l'autre côté du portail, pour juillet et août. Les travaux agricoles, la taille et le bêchage, se font à cheval sur les deux mois.  La puissance de la nature renaissante est exprimée par l'éclosion de fleurs géantes auprès d’un paysan qui bêche la terre. 
Mars ou avril - sculpture de Notre-Dame de Senlis, vers 1151 - Crayons de couleur - 2018.

L e s volutes de jeunes feuilles éclosent autour d'un homme qui entretient son verger, assis sur une branche qu'il ploie pour mieux la tailler. 
Avril ou mars - sculpture de Notre-Dame de Senlis, vers 1151. Crayons de couleur. 2018.

En mai, avec les beaux jours, les gentilhommes reprennent leurs chevauchées.  De sa main droite, un chasseur tient les rênes de son cheval dont la partie postérieure est encore cachée par les jambages de la porte voûtée d’une écurie dont le faîtage se termine par une boule d'amortissement. Il tient sur le poing ganté de sa main gauche un faucon qui, la tête tournée vers l’extérieur cherche déjà une proie.

Mai, sculpture de Notre-Dame de Senlis, vers 1151. Crayons de couleur. 2018


Juin est le temps de la fenaison  ; le paysan lance sa faux au plus épais de l'herbe qui ondule.

Juin, sculpture de Notre-Dame de Senlis, vers 1151. Crayons de couleur. 2018

En juillet et août,  c'est la  moisson  et  le  battage  des  céréales. Un paysan  courbé  coupe  le blé  avec une  faucille et

Août ou juillet, sculpture de Notre-Dame de Senlis, vers 1151. Crayons de couleur. 2018



un homme, qui cache sa nudité par un simple pagne, manie le fléau pour séparer les grains des épis posés à terre. Le lien entre ces rudes besognes se fait grâce à une gerbe, sculptée entre les deux scènes.
Juillet ou août, sculpture de Notre-Dame de Senlis, vers 1151. Crayons de couleur.
2018

Septembre est symbolisé par l'engrangement des récoltes dans deux bâtiments dont les combles ajourés permettent la ventilation des grains . L'édifice de droite est surmonté d'un crénelage faisant penser à une fortification.
Septembre, sculpture de Notre-Dame de Senlis, vers 1151. Crayons de couleur. 2018

Au XIIe siècle, la vigne était cultivée aux portes de Senlis et octobre est le mois des vendanges. Un cep épais et tortueux porte des raisins géants prodigués par une nature généreuse. Un vendangeur déplace une feuille, découvrant ainsi une grappe qu'il détache du sarment à l'aide d'une serpette.

Octobre, sculpture de Notre-Dame de Senlis, vers 1151. Crayons de couleur. 2018


     Novembre est figuré par la cuisson du pain, aliment transformé, qui, tout comme la charcuterie,

Novembre, sculpture de Notre-Dame de Senlis, vers 1151. Crayons de couleur. 2018


permet d’affronter les longs hivers septentrionaux  ; en décembre, un homme frappe, avec le dos de sa cognée, un cochon qui semble attaché par une patte. On prépare les joyeux banquets de Noël. L'année s'achève comme elle a commencé  : dans le repos et la réjouissance.
La cathédrale gothique  exprime le rythme et le mouvement ; elle est aussi un hymne à la vie et à la nature.


Décembre, sculpture de Notre-Dame de Senlis, vers 1151. Crayons de couleur. 2018



Ce texte est un extrait d’un livre sur Senlis, en cours de rédaction et d’illustration, que je souhaite éditer et faire paraître en 2019. 
Les lecteurs de Blogue à p’Art seront tenus informés.
Cet article est protégé parle droit d'auteur ©ADAGP



Actualité du Baube

Différentes étapes de la réalisation d’un cadre qui m’a été commandé  pour remplacer la deuxième station du Chemin de Croix manquante en l’église de Saint-Germain-de-Confolens. 
Il reste maintenant à inventer la composition de cette scène du Portement de Croix pour réaliser le tableau proprement dit. À suivre …


L’encollage et l’enduit du cadre sont posés en plusieurs couches, à la colle de peau. 


Peinture en faux bois, 

dessin des chapiteaux 

et élaboration de ceux-là en trompe-l’œil. 

Puis peinture du texte 


et des décors dorés. 



Du Baube à la Baubette


Ma fille Marthe, comédienne, joue Henriette dans Les Femmes savantes de Molière, tous les samedis à 19h30, au théâtre Montmartre Gallabru à Paris. Blogue à p’Art s’y est déplacé et recommande à ses lecteurs de s’y rendre. En effet, les acteurs sont tous très bons, les costumes réalisés avec soin sont conformes à la mode de l’époque ainsi que les décors, bien faits et de bon goût.


Théâtre Montmartre Gallabru, 4, rue de l’Armée d’Orient - 75018 Paris
Tous les samedis, à 19h30, jusqu’au 15 décembre 2018
Réservations au 01 42 23 15 85 ou tmg75018@gmail.com 
Prix des places : entre 12 et 15 €



Résumé de la pièce : Henriette et Clitandre s’aiment et veulent se marier, mais c’est sans compter sur un certain Trissotin, bel esprit, qui prône le détachement des choses matérielles pour mieux servir ses intérêts. Il s’est trouvé trois admiratrices, les Femmes savantes, qui vénèrent la forme mais délaissent le fond. Le thème de la pièce reste très actuel, et chacun pourra reconnaître d’autres pédants d’aujourd’hui qui vivent aux dépens de ceux qui les écoutent.




Comment soutenir Blogue à p'Art  ?
Si Blogue à p'Art est une revue entièrement gratuite, certains souhaiteraient peut-être soutenir
leur gazette préférée ; opportunité leur est alors offerte de commander des reproductions des travaux
de son auteur : des cartes doubles, des cartes postales, des affiches ou des livres. Un devis peut vous être fourni sur demande.

Cartes simples sur Senlis et sur l’art médiéval
Chaque carte simple est vendue au prix de 1 € l’unité, les frais de port sont offerts. Par exemple, 10 cartes coûteront : 1 € X 10 + 0 € (frais de port gratuits) = 10 €. Contact : lebaubeguillaume@gmail.com ou Guillaume le Baube - Les Vergnes - 16500 Esse.































Cartes doubles sur la cathédrale de Senlis
Ces cartes, imprimées sur un papier de 300 grammes, sont vendues avec une enveloppe doublée, dont la couleur est assortie à l'œuvre, et un feuillet de correspondance de même nature (papier Vergé). 


Chaque carte est vendue au prix de 2,50 € l’unité, somme à laquelle s’ajoutent les frais de port. Des tarifs dégressifs sont ajustés en fonction de la quantité commandée. Par exemple,         10 cartes coûteront : 2,50 € X 10 + 3,20 € (frais de port) = 28,20 €

À partir d'une commande de cinquante unités, nous sommes en mesure de proposer aux organismes (entreprises, associations, écoles, etc) l'insertion d'un texte, parfois accompagné d'un emblème, pour un rajout de 15 centimes par carte.

Des tarifs dégressifs sont alors appliqués ; les cartes peuvent être expédiées sans enveloppes ou avec d’autres enveloppes, également de qualité mais moins coûteuses. Par exemple 200 cartes de vœux comprenant un texte, expédiées sans enveloppes coûteraient :
200 X 0,15 (texte) + 200 X 1,50 (tarif dégressif) + 0 € (frais de port offerts) = 330 €

Différentes solutions sont envisageables ; il vous est possible de demander un devis à l’adresse suivante : lebaubeguillaume@gmail.com ou Guillaume le Baube - Les Vergnes - 16500 Esse.